Allocution du président Biden sur l’attaque non provoquée et injustifiée de la Russie contre l’Ukraine

MONSIEUR LE PRÉSIDENT : Désolé de vous avoir fait attendre. Bonjour. L’armée russe a commencé une attaque brutale contre le peuple ukrainien, sans provocation, sans justification, sans nécessité.

C’est une attaque préméditée. Poutine la planifiait depuis des mois, comme nous l’avons toujours dit. Il a mobilisé plus de 175 000 soldats et des équipements militaires le long de la frontière ukrainienne.

Il a mis en place des réserves de sang et construit des hôpitaux de campagne, ce qui dit en dit long sur ses intentions depuis le début.

Il a rejeté tous les efforts de bonne foi faits par les États-Unis et leurs alliés et partenaires pour aborder les problèmes de sécurité mutuelle par le dialogue afin d’éviter un conflit inutile et d’éviter des souffrances humaines.

Pendant des semaines, nous avons prévenu que cela allait arriver. Et maintenant, cela se passe en grande partie comme nous l’avions prévu.

La semaine dernière, nous avons vu les tirs d’artillerie augmenter dans le Donbass, la région dans l’est de l’Ukraine contrôlée par les séparatistes soutenus par la Russie.

Le gouvernement russe a perpétré des cyberattaques contre l’Ukraine.

Nous avons assisté à une mise en scène politique à Moscou, à des affirmations farfelues et sans fondement selon lesquelles l’Ukraine était sur le point d’envahir la Russie et de lancer une guerre contre elle, que l’Ukraine était prête à utiliser des armes chimiques, que l’Ukraine avait commis un génocide – sans aucune preuve.

Nous avons assisté à une violation flagrante du droit international dans la tentative de la création unilatérale de deux nouvelles prétendues républiques sur le territoire souverain de l’Ukraine.

Et au moment même où le Conseil de sécurité de l’ONU se réunissait pour défendre la souveraineté de l’Ukraine afin d’éviter une invasion, Poutine a déclaré sa guerre.

En l’espace de quelques instants, des frappes de missiles ont commencé à pilonner des villes historiques en Ukraine.

Des raids aériens ont suivi. Les tanks et les troupes sont arrivées après.

Nous avons été transparents avec le monde. Nous avons partagé des preuves déclassifiées sur les plans, les cyberattaques et les prétextes de la Russie, afin qu’il n’y ait ni confusion ni dissimulation quant aux actions de Poutine.

Poutine est l’agresseur. Poutine a choisi cette guerre. Et maintenant, c’est lui et son pays qui en supporteront les conséquences.

Aujourd’hui, j’autorise de nouvelles sanctions sévères et de nouvelles limitations visant les exportations vers la Russie.

Cela va imposer des coûts sévères à l’économie russe, dans l’immédiat et à long terme.

Nous avons délibérément conçu ces sanctions de manière à maximiser l’impact à long terme sur la Russie et à atténuer l’impact sur les États-Unis et leurs Alliés.

Je tiens à être clair : les États-Unis n’agissent pas seuls. Depuis des mois, nous avons construit une coalition de partenaires représentant largement plus de la moitié de l’économie mondiale.

Vingt-sept membres de l’Union européenne, dont la France, l’Allemagne, l’Italie ainsi que le Royaume-Uni, le Canada, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et bien d’autres, pour amplifier l’impact conjoint de notre riposte.

J’ai parlé avec les dirigeants du G7 ce matin et nous sommes entièrement d’accord. Nous allons limiter la capacité de la Russie à faire des affaires en dollars, en euros, en livres et en yens, à faire partie de l’économie mondiale. Nous allons limiter sa capacité à le faire. Nous allons réduire sa capacité à financer et à développer l’armée russe.

Nous imposerons des mesures majeures et compromettrons sa capacité à être compétitive dans l’économie de haute technologie du XXIe siècle.

Nous avons déjà vu l’impact de nos actions sur la monnaie russe, le rouble, qui est tombé aujourd’hui à son niveau le plus faible de l’histoire. Le marché boursier russe a plongé aujourd’hui. Les taux d’emprunt du gouvernement russe ont grimpé de 15 %.

Avec les actions d’aujourd’hui, nous avons maintenant sanctionné des banques russes qui détiennent ensemble environ 1 000 milliards de dollars d’actifs.

Nous avons coupé la plus grande banque de la Russie, une banque qui détient à elle seule plus d’un tiers de ses actifs bancaires, du système financier américain.

Aujourd’hui, nous bloquons également quatre autres grandes banques. Cela signifie que tous les actifs qu’elles détiennent en Amérique seront gelés. Y compris ceux de la VTB, la deuxième banque de Russie, qui a 250 milliards de dollars d’actifs.

Comme promis, nous rajoutons également des noms à la liste des élites russes et des membres de leurs familles qui sont sanctionnés.

Comme je l’ai dit mardi, ce sont des gens qui profitent personnellement des politiques du Kremlin et ils doivent connaître leur part de souffrances. Dans les jours à venir, nous continuerons de nous engager sur la voie de désignations visant des milliardaires corrompus.

Mardi, nous avons empêché le gouvernement russe de lever des fonds auprès d’investisseurs américains ou européens.

Nous allons maintenant appliquer les mêmes restrictions à leurs plus grandes entreprises publiques. Des entreprises dont les actifs dépassent 1 400 milliards de dollars.

Certains des effets les plus puissants de nos actions se feront sentir au fil du temps, à mesure que nous restreindrons l’accès de la Russie aux financements et à la technologie pour les secteurs stratégiques de son économie et que nous dégraderons sa capacité industrielle pour les années à venir.

Entre nos actions et celles de nos alliés et partenaires, nous estimons que nous couperons plus de la moitié des importations russes de haute technologie.
Cela portera un coup à sa capacité de continuer à moderniser son armée. Cela dégradera son industrie aérospatiale, y compris son programme spatial. Cela nuira à sa capacité à construire des navires, ce qui réduira sa capacité à être compétitive au plan économique. Et cela portera un coup dur aux ambitions stratégiques à long terme de Poutine.

Et nous nous préparons à faire plus encore. Outre les pénalités économiques que nous imposons, nous prenons des mesures pour défendre nos alliés de l’OTAN, en particulier ceux des pays de l’Est.

Demain, l’OTAN convoquera une réunion au sommet. Nous y serons pour rassembler les dirigeants de 30 nations alliées et partenaires étroits en signe de notre solidarité et définir les prochaines mesures que nous prendrons en vue de renforcer encore plus tous les aspects de notre alliance au sein de l’OTAN.

Nous avons fourni plus de 650 millions de dollars à l’Ukraine pour sa défense rien que cette année, mais je le répète : nos forces ne sont pas et ne seront pas engagées dans le conflit avec la Russie en Ukraine. Nos forces iront en Europe non pas pour se battre en Ukraine, mais pour défendre nos alliés de l’OTAN et rassurer les alliés de l’Est.

Comme je l’ai dit très clairement, les États-Unis défendront chaque centimètre carré du territoire de l’OTAN avec toute la force de la puissance américaine. Et la bonne nouvelle, c’est que l’OTAN est plus unie et déterminée que jamais.

Il ne fait aucun doute, aucun doute, que les États-Unis et tous les alliés de l’OTAN respecteront les engagements au titre de l’Article V, qui stipule qu’une attaque contre l’un d’entre nous est une attaque contre tous.

Ces dernières semaines, j’ai ordonné le déploiement de milliers de soldats supplémentaires en Allemagne et en Pologne dans le cadre de notre engagement envers l’OTAN.

Mardi, en réponse aux actions agressives de la Russie, y compris à la présence de ses soldats au Bélarus et en mer Noire, j’ai autorisé le déploiement de forces terrestres et aériennes déjà stationnées en Europe vers les Alliés du flanc est de l’OTAN, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Roumanie.

Nos alliés se sont également mobilisés, avec d’autres alliés, le reste de l’OTAN, ils ont intensifié leurs propres forces et capacités pour assurer une défense collective.

Et aujourd’hui, dans les heures qui ont suivi le déclenchement de l’attaque, l’OTAN s’est réunie pour activer des plans de riposte.

Cela permettra aux forces à haut niveau de préparation de l’OTAN de se déployer où et quand ce sera nécessaire pour protéger nos alliés de l’OTAN aux frontières orientales de l’Europe.

Et maintenant, j’autorise le déploiement en Allemagne de capacités supplémentaires dans le cadre de la réponse de l’OTAN, y compris de certaines des forces basées aux États-Unis que le département de la Défense a mises en attente il y a plusieurs semaines.

J’ai également parlé avec le secrétaire à la Défense, M. Austin, et au général Milley, le chef d’état-major interarmées, des préparatifs en vue de mouvements supplémentaires, s’ils s’avéraient nécessaires pour protéger les alliés de l’OTAN et soutenir la plus grande alliance militaire de l’histoire du monde, l’OTAN.

Dans le même temps, mon administration utilise tous les outils à sa disposition pour protéger les familles et les entreprises américaines de la hausse des prix à la pompe.

Nous prenons des mesures énergiques pour faire baisser les coûts, et les sociétés pétrolières et gazières américaines ne doivent pas exploiter ce moment pour augmenter leurs prix et accroître leurs profits.

Dans notre train de sanctions, nous avons spécifiquement prévu de permettre la poursuite des paiements liés à l’énergie.

Nous surveillons de près les approvisionnements en énergie pour déceler toute perturbation. Nous agissons en coordination avec les principaux pays producteurs et consommateurs de pétrole dans l’intérêt commun de sécuriser l’approvisionnement énergétique mondial.

Nous travaillons activement avec des pays du monde entier pour [évaluer] la mise sur le marché de réserves stratégiques de pétrole des principaux pays consommateurs d’énergie. Et les États-Unis mettront sur le marché des barils de pétrole supplémentaires si les conditions le justifient.

Je sais que c’est difficile et que les Américains souffrent déjà. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour limiter la douleur que le peuple américain ressent à la pompe à essence. C’est un point crucial pour moi.

Mais cette agression ne peut pas rester sans réponse. Si c’était le cas, les conséquences pour l’Amérique seraient bien pires. L’Amérique tient tête à ceux qui intimident. Nous défendons la liberté. C’est ce que nous sommes.

Permettez-moi également de répéter l’avertissement que j’ai lancé la semaine dernière. Si la Russie poursuit ses cyberattaques contre nos entreprises et nos infrastructures critiques, nous sommes prêts à réagir.

Depuis des mois, nous travaillons en étroite collaboration avec le secteur privé pour renforcer nos cyberdéfenses et perfectionner notre capacité à répondre aussi aux cyberattaques russes.

Hier, dans la soirée, je me suis entretenu avec le président ukrainien, M. Zelensky, et je lui ai assuré que les États-Unis, avec leurs alliés et partenaires en Europe, soutiendraient les Ukrainiens dans la défense de leur pays. Nous fournirons une aide humanitaire pour atténuer leurs souffrances.

Et dans les premiers jours de ce conflit, les organes de propagande de la Russie continueront d’essayer de cacher la vérité et ils revendiqueront le succès de son opération militaire contre une menace inventée.

Mais l’histoire a montré à maintes reprises que les gains rapides de territoire finissent par céder la place à des occupations qui s’éternisent. À des actes de désobéissance civile massive et à des impasses stratégiques.

Les semaines et les mois à venir seront difficiles pour le peuple ukrainien. Poutine lui a infligé une grande douleur. Mais le peuple ukrainien a connu 30 ans d’indépendance. Il a montré à maintes reprises qu’il ne tolérera personne qui tente de faire faire marche arrière à son pays.

C’est un moment dangereux pour toute l’Europe, pour la liberté dans le monde entier. Poutine a commis une attaque contre les principes mêmes qui protègent la paix mondiale.

Mais, maintenant, le monde entier voit clairement les intentions de Poutine et de ses alliés du Kremlin. Il n’a jamais été question de véritables préoccupations de sécurité de leur part. Il s’est toujours agi d’une agression pure et simple. Du désir d’empire de Poutine par tous les moyens nécessaires. En intimidant les voisins de la Russie par la coercition et la corruption. En changeant les frontières par la force et en choisissant finalement une guerre sans cause.

Les actes de Poutine révèlent une vision sinistre de l’avenir de notre monde, où les pays prennent ce qu’ils veulent par la force.

Mais c’est une vision à laquelle les États-Unis et les nations éprises de liberté s’opposeront avec tous les outils de notre puissance considérable.

Les États-Unis et leurs alliés et partenaires en sortiront plus forts, plus unis, plus déterminés et plus résolus.

L’agression de Poutine contre l’Ukraine finira par coûter très cher à la Russie sur les plans économique et stratégique. Nous allons nous en assurer. Poutine sera un paria sur la scène internationale. Tout pays qui tolère l’agression flagrante de la Russie contre l’Ukraine sera entaché par association.

Quand l’histoire de cette époque sera écrite, elle dira que le choix de Poutine de mener une guerre totalement injustifiable contre l’Ukraine aura affaibli la Russie et renforcé le reste du monde.

La liberté, la démocratie et la dignité humaine. Ce sont des forces bien plus puissantes que la peur et l’oppression. Elles ne peuvent pas être anéanties par des tyrans comme Poutine et ses armées. Elles ne peuvent pas être effacées du cœur et des espoirs des gens, quelles que soient la violence et l’intimidation imposées. Elles perdurent.

Entre la démocratie et l’autocratie, entre la souveraineté et la soumission, ne vous méprenez pas : la liberté l’emportera.

Que Dieu bénisse le peuple d’une Ukraine libre et démocratique et qu’il protège nos troupes.